Entretien avec Fabrice Boé – CEO Ines de la Fressange

 Fabrice BOE  Chief Executive Officer  IDLF (Inès de la Fressange)

Fabrice BOE, Chief Executive Officer IDLF (Ines de la Fressange)

 Disposant d’un solide « track record » dans le luxe, Fabrice Boé s’associe à Ines de la Fressange, icône mondiale du chic parisien, pour reprendre ensemble l’initiative et (re)développer la marque « Ines de la Fressange ».

L’ambition ?  En faire une Maison lifestyle 100 % parisienne, aussi éclectique que notre époque : luxueuse et accessible, Made in France et internationale, personnifiée et sociale.

Avec, sur le « catwalk », l’irrésistible sourire d’Ines, entourée d’une équipe créative ultra pointue et non loin, ses couturières aux doigts de fées, dont une majorité la suit depuis ses débuts de créatrice en 1991.

 

Photo Imaxtree

Photo Imaxtree

 

La rencontre

Cela sonne comme une évidence.  L’alliance professionnelle de deux personnalités aux talents complémentaires.

D’un côté, Ines de la Fressange, célèbre mannequin, incarnation de la Parisienne dans le monde entier – notamment depuis le succès de son livre La Parisienne traduit en 13 langues – et fondatrice de la marque qui porte son nom.

La parisienne, d’Inès de la Fressange, avec Sophie Gachet.  Edition Flammarion

La parisienne, d’Ines de la Fressange, avec Sophie Gachet.
Edition Flammarion

De l’autre côté, Fabrice Boé, ancien haut dirigeant chez L’Oréal, Hermès International et Prisma Presse.

Depuis mars, Ines de la Fressange et Fabrice Boé travaillent ensemble au déploiement international de la marque ‘Ines de la Fressange’.

A Ines, la création des produits, la communication et les relations avec les médias, avec sa manière si distinctive de raconter une histoire. A Fabrice Boé et son équipe le commerce au sens large : traduire la vision d’Inès en produits désirables, aussi bien en magasins que sur les plateformes digitales de la marque.

A leur côté, un pool d’investisseurs de renoms – des dirigeants qui ont investi à titre personnel dans l’aventure.

Entretien avec Fabrice Boé, Président Directeur Général de IDLF

:: L’annonce en mai dernier du rachat de la marque « Ines de la Fressange Paris » et le retour de la célèbre mannequin « aux affaires » – après 14 ans d’absence dans la société – ont été chaleureusement accueillis. Comment est né ce projet ?

Fabrice Boé : De mon côté, après avoir travaillé dans les cosmétiques, le luxe et les médias, j’avais le souhait de reprendre une ou plusieurs petites marques de luxe à connotation française et de dimension internationale, dont le potentiel de développement était sous exploité.

La mondialisation a été extraordinairement bénéfique pour le luxe français. Il existe une quantité de marques françaises qui ont tout pour réussir au plan mondial, et certaines l’ont fait merveilleusement bien, comme Hermès, Vuitton, Chanel et tant d’autres. Pourtant certaines marques sont restées en deçà, alors qu’elles avaient au départ la même potentialité. C’est-à-dire une histoire, de la créativité, le sens de la qualité, du détail. Du sens, tout court.

D’un autre côté, il y avait la marque Ines de la Fressange Paris.  Une marque incroyable avec un potentiel visiblement sous-exploité, et un problème structurel, qui était l’absence de la personne qui portait la marque.

La rencontre des deux histoires a permis de monter un projet, avec l’assurance qu’Ines de la Fressange avait envie de revenir dans sa marque et la retrouver. Nous avons donc réuni un tour de table, repris le fonds de commerce et fait revenir Inès dans la marque qui porte son nom.

:: A titre personnel, qu’est-ce qui vous attire dans le secteur du luxe ?  

Fabrice Boé : J’ai une idée du luxe assez évidente. Il se caractérise par la réunion de la qualité, l’excellence,  la création, la nouveauté, le style, l’unicité et une rareté due à l’exigence qui rend les produits de luxe nécessairement peu abondants.

Or il est fascinant de constater que, depuis les années 2000 et sans doute pour plusieurs décennies encore, des millions d’hommes et de femmes ont accédé et accèderont à la possibilité d’acheter des produits de luxe. Le luxe n’est pas superflu. Il est lié au développement personnel et culturel des personnes. Il est lié à l’estime de soi. Une fois que l’on mange à sa faim et que l’on se loge, on se soucie de son apparence, et cela est vrai pour tout être humain dans l’histoire. On cherche à se valoriser, à se différencier. Le Le luxe est une forme de réponse à cette aspiration, l’envie de luxe peut être extrêmement forte, jusqu’à devenir un besoin.

Je suis heureux que l’on trouve en France une palette réellement unique de représentations du luxe – le champagne, le cuir, les parfums, les cosmétiques …-  que l’on ne retrouve nulle part ailleurs et qui fait rêver dans le monde entier.

Texte 2

:: Revenons à la marque Ines de la Fressange : comment la voyez-vous ?

Fabrice Boé : Notre vision est de se dire que (1) la parisienne, le chic parisien, est un véritable archétype vécu comme un modèle dans le monde entier ; (2) personne n’incarne mieux cet archétype qu’Ines ;  (3) donc Ines, parce qu’elle en a l’envie et le talent  peut  proposer au plus grand nombre de femmes, en France et à l’étranger, de rentrer dans le style de vie d’une parisienne de la manière la plus complète possible.

Ce n’est pas simplement vendre une écharpe, ou un petit morceau de Paris, c’est vendre le concept de la parisienne. Une certaine façon de vivre, d’être, d’aborder la vie. Et Ines incarne tout cela. La parisienne, c’est le chic, c’est l’histoire, une forme d’humour, d’esprit. Nous sommes absolument convaincus qu’Ines est la personne qui peut porter ce projet.

:: Votre vision de la marque, à la fois internationale et lifestyle, est très large :

Fabrice Boé : C’est ce qui fait la force de la marque : loin de se cantonner à une catégorie de produits, elle a une vraie largeur et profondeur de gamme. Elle est unique en ce sens.

:: Pourtant il existe bien d’autres marques de mode lifestyle 

Fabrice Boé : On nous demande souvent à quelles marques nous nous comparons. On en trouve sur certaines catégories de produits, mais pas sur la totalité. Et aucune personne ne peut « concurrencer » Inès. Elle est l’incarnation de la parisienne, de par ce qu’elle porte en elle : son histoire, son allure, son intelligence, sa carrière, son chic, son sens de la création et des  associations, son goût, son esprit, son humour. Et aussi sa vie personnelle, sa famille, ses différentes vies professionnelles y compris au travers d’épreuves qu’elle a surmontées et qu’elle n’a pas cherché à cacher.

Il existe une force dans sa personnalité qui plait beaucoup.

Enfin, pour  couronner le tout,  le livre qu’elle a écrit, traduit en 15 langues, qui en est à sa troisième édition, et qui consacre le fait qu’Ines est la plus parisienne des Parisiennes. Pour nous, ses lecteurs constituent un bassin d’acheteurs potentiels dans le monde entier.

Il y a une osmose entre le concept et la personne.

Notre marque est à l’image d’Ines, de son univers, de ses valeurs et du modèle qu’elle a créé, et les prolonge, par conséquent elle est unique.

Texte 4

:: Quels produits allez-vous proposer à « celle qui se vit en parisienne »?

Fabrice Boé : Nous allons proposer six univers. En premier, tout ce qu’Ines porte sur elle-même, vêtements et accessoires, de la tête aux pieds : chapeaux, chaussures, bijoux, montres, ceintures, sacs, portefeuilles, etc. En tout, une dizaine de catégories de produits.

Deuxième univers : les parfums et cosmétiques.

Troisième univers, la maison : linge, meubles, tissus, accessoires, luminaires et tapis qu’Inès dessine elle-même.

Quatrième univers, les loisirs d’Ines : outdoor, mer, montagne, tennis, golf, etc, et les voyages, une de ses grandes passions.

Cinquième univers, la vie sociale : cartable, étuis de tablettes, téléphone, mais aussi papeterie, stylos etc.

Et enfin, la famille, au sens large : les enfants, le compagnon ou mari, et toutes les personnes à qui on a envie de faire plaisir.

On imagine, sans abimer la marque, 25 à 30 catégories tout à fait légitimes.

:: C’est très proche du concept de grand magasin « où l’on trouve tout » !

Fabrice Boé : C’est Ines qui a inventé la notion de concept store lorsqu’en 1991, elle  a ouvert sa boutique sur 300 m2, au 12 Avenue Montaigne. Elle réunissait sous un même toit toute une variété de produits qui n’avaient jamais été réunis de la sorte. C’était quelque chose de très surprenant, tout à fait novateur pour l’époque.

 

:: Ou serez-vous distribué ?

Fabrice Boé : La nouvelle génération de produits dessinés et conçus avec Inès va arriver début 2014, dans un premier temps dans les magasins spécialisés. Puis je pense qu’on va très rapidement intéresser des magasins multi-catégories, comme les grands magasins. On y trouvera sous un même toit, peut-être à des étages différents, l’ensemble des produits que l’on propose. Le modèle du grand magasin est très puissant dans de nombreuses régions du monde, notamment en Asie et aux Etats-Unis.

:: Envisagez-vous d’ouvrir des magasins en propre ?

Fabrice Boé : Lorsque nous aurons suffisamment de produits sous notre nom, alors nous ouvrirons un magasin à l’enseigne de la marque, ce sera un excellent moyen de montrer ce qu’est la marque, dans un lieu qui lui appartient. Cela va prendre un peu de temps, d’autant qu’il faut trouver le bon emplacement.

:: Travaillez-vous sous forme de licences ?

Fabrice Boé : Notre volonté est de nous associer, catégorie par catégorie, avec les partenaires que nous considérons comme les meilleurs et les plus proches de nos valeurs de marque. Donc juridiquement, c’est  sous la forme de licences ;  concrètement c’est  notre choix.

Avec Uniqlo nous allons proposer une coopération avec l’un des plus grands fabricants-distributeurs mondiaux de vêtements, qui permettra proposer une série de produits co-brandés, dans le monde entier, avec la double signature et d’offrir ainsi des produits portant la marque Ines de la Fressange Paris à des centaines de milliers de femmes.

 

:: Allez-vous privilégier le ‘Made In France’ ?

Fabrice Boé : Nos produits seront conçus et créés à Paris. Pour ce qui est de la fabrication, nous choisissons avec nos partenaires les meilleurs fabricants et artisans et, dans la mesure du possible, français. Ce n’est pas une exclusive, mais c’est un choix naturel.

::  Le ‘Made In France’ conserve donc son attrait, même auprès des nouvelles cibles du luxe, jeunes et cosmopolites ?

Fabrice Boé : La notion importante est celle de « produits conçus et créés en France ». L’air de la France est favorable à la création. Dire d’un produit qu’il est conçu et créé en France, à Paris, est une caractéristique fondamentale, très importante pour le consommateur. Nous avons également en France d’excellents  fabricants. Le Made in France génère une vraie demande dans le monde et ceci est plus vrai que jamais, il constitue une sorte de barrière à l’entrée pour qui veut produire des objets de luxe. 

:: Allez-vous fonctionner par collections, printemps-été, automne-hiver, ou privilégier les cycles courts ?

Fabrice Boé : Nous ne nous considérons pas comme une marque de mode et donc nous ne sommes pas liés aux cycles de la mode. Nous ne nous sentons pas prisonnier de ce système mais bien sûr nous en tiendrons compte.

:: Quel est votre positionnement prix ?

Fabrice Boé : Nous voulons nous différencier du luxe par une certaine accessibilité, toujours dans cette vision d’offrir au plus grand nombre de femmes la possibilité d’entrer dans la vie d’une parisienne. Chaque femme devrait pouvoir, si elle en a envie, s’offrir un produit Ines de la Fressange Paris. Donc pas d’over pricing : le fair price, le prix juste.

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:: Dans quels domaines Ines de la Fressange va-t-elle concentrer son talent ?

Fabrice Boé : Ines sera active dans les domaines dans lesquels elle excelle : création du produit, communication et relations avec les médias elle sera également impliquée dans la stratégie générale de la marque, sa vision y est évidemment précieuse. Il y a une parfaite complémentarité entre nos apports respectifs.

Notre rôle à nous, avec la direction de marque dirigée par Mina Bishop, est de transformer en réalité la vision et les valeurs d’Ines ; de fabriquer, distribuer et promouvoir les produits qu’elle a imaginés et, c’est l’essentiel, d’en faire une marque, qui ira donc au-delà de la personne, qui s’inscrira dans l’archétype de la Parisienne, aujourd’hui parfaitement incarné par Ines.

Nous avons donc constitué une direction du style, dirigée par Fleur Deméry, à l’expérience très diversifiée et riche, qui crée et développe les produits, en accord bien sûr et en parfaite cohérence avec Ines, et qui est en mesure de déployer les créations sur l’ensemble des univers que nous avons définis.

Nous nous reposons beaucoup sur ce pôle de création.

Ines conserve ses activités actuelles, telles que ses engagements de charity, son rôle d’ambassadrice de Roger Vivier. Tout ceci est très complémentaire.

 

:: A l’instar de Burberry, les marques de luxe investissent de plus en plus dans le digital, en créant des dispositifs qui permettent leur mise en valeur et leur visibilité pour le plus grand nombre sur les médias sociaux. Quels sont vos projets en matière de e-commerce et Social Business ?

Fabrice Boé : J’ai une idée assez simple que je professe depuis au moins dix ans, et qui n’a pas changé.

Il y a dans les composantes du luxe un lien direct entre la marque et leurs clients, cela constitue une différence structurelle avec les marques de grande consommation.

Les marques de luxe sont habituées à réunir leurs propres clients dans les magasins, pour les rencontrer physiquement. Chez Hermès, nous organisions régulièrement des évènements en magasin ou des visites de nos ateliers.

Le digital – et notamment les nouvelles expressions du digital que sont les réseaux sociaux au sens large – est un moyen dans le monde d’aujourd’hui d’avoir ce lien direct avec un client. Il y a une cohérence totale avec ce que le luxe a toujours été.

:: Quelle est votre ambition en matière de e-commerce ?

Fabrice Boé : Il y aura un site e-commerce et autour, un maillage de média sociaux pour donner l’accessibilité aux clients sur le web et démultiplier l’effet sur les réseaux sociaux.

 

Page d'attente avant ouverture du site web Ines de la Fressange

Page d’attente avant ouverture du site web Ines de la Fressange

Ndlr : Cliquez ici pour vous inscrire et être tenu informé de l’ouverture du site

:: Autour d’Ines de la Fressange, un pool d’investisseurs influents – Geoffroy Roux de Bézieux (Virgin Mobile), Christophe Chenut (ancien DG de Lacoste), Christophe Cuvillier (président d’Unibail-Rodamco), Gonzague de Blignières (Equistone) … –  ont participé à titre privé au rachat de la marque. Est-ce important aujourd’hui pour une entreprise à potentiel de s’entourer de « pointures » internationales issues de secteurs différents ?

Fabrice Boé : Tous ont investi à titre personnel. Ce sont des personnes qui croient en la marque, qui ont d’immenses talents et de puissants réseaux. Le dernier en date à nous rejoindre est Michel Piétrini, ancien directeur général de Chanel.

Leur connaissance du développement des marques à l’international est importante, puisque nous ambitionnons de réaliser un quart de notre activité en France, trois quart à l’étranger.

:: En tant qu’homme de presse, comment voyez-vous cette tendance des marques de mode à se transformer en éditeur en créant du ‘brand content’. Allez-vous suivre cette voie ?  

Fabrice Boé : C’est au travers des réseaux digitaux que nous allons nous s’exprimer et la marque Ines de la Fressange est une marque très liée aux contenus. Cette marque a des choses à dire, avec des prises de position.

Ines elle-même tweete beaucoup et parle sur son compte Twitter de toutes ses activités extrêmement diverses, presque à livre ouvert.

Compte Twitter Inès de la Fressange   2

«  Ines elle-même tweete beaucoup » auprès de près de 24 000 followers

Donc effectivement, Ines de la Fressange Paris est une marque propice à la création de contenus qui ne sont pas forcément liés aux produits, mais qui apportent une vision sur une manière de se comporter, de s’ouvrir aux autres, une manière de s’exprimer sur des valeurs. Tout ceci conduit tout à fait naturellement à créer du contenu. Ines de la Fressange Paris est une marque qui parle.

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La métamorphose de la marque, en 4 points

(cliquez sur le tableau pour l’afficher en grand)

Tableau 2

 

ITINERAIRE

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1986 – 1999  Paris, Turin (Italie)

L’OREAL

Managing Director France, Managing Director Italy

1999 -2002

L’OREAL

Managing Director Lancôme International and Helena Rubinstein

2002- 2003

Hermès International

 Managing Director

2004-2010

Prisma Presse, Bertelsmann Group – Paris, Hamburg

International Board Member Gruner+Jahr, CEO France, Senior Adviser

2010- Present

Fb Conseil&Strategie

Founder

2013 – Present

IDLF (Ines de la Fressange)

Chief Executive Offier

FORMATION

HEC, MBA Econometrics and Quantitative Economics  1981 -1984

ORDRES ET DECORATIONS

Chevalier des Arts et des Lettres
Chevalier de l’ordre du mérite

 

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Mina Bishop

Mina Bishop

Directrice de marque  – Ines de la Fressange

Précédents postes : CLAI, Porter Novelli

Formation

POLIMODA – International Institute of Fashion Design & Marketing

 

 

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Fleur Demery

Directrice du Style – Ines de la Fressange

Cliquez ici pour vous inscrire et être tenu informé de l’ouverture du site Inesdelafressange.fr

 

Un commentaire

  1. Article très intéressant. J’avais hâte d’en savoir plus mais je ne suis pas sûre d’adhérer au concept. Je crains une banalisation de cette Marque liée à la profusion des produits annoncés…c’est Inès qui me fait rêver en tant que femme, maman, ambassadrice L’Oréal ou Vivier et non pas un chemisier ou un stylo Inès de la Fressange Paris…Je suivrai avec attention le lancement de la Marque début 2014.