Franck Glenisson – Le photographe parisien sans visage lève le voile digital sur sa carrière internationale – Entrevue exclusive à l’Hôtel de Crillon

FRANCK GLENISSON PHOTOGRAPHE 2018

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Un paradoxe ! Franck Glenisson, le photographe parisien faisant rayonner Paris internationalement à travers les plus prestigieux magazines de mode, très actif sur les médias sociaux, ne laisse publier aucune image de son visage. La rencontre à Paris au salon d’hiver de l’Hôtel de Crillon, n’en est que plus intrigante. Il arrive à l’heure pétante, la marque des gentlemen, commande une simple grenadine et – bien que je ne sois pas du sérail – se prête à mes questions avec une extrême bienveillance, sans avoir au préalable réadmiré la manière dont Richard Martinet, l’architecte « chorégraphe » de la rénovation du Crillon, a fait entrer la lumière du jour dans le lobby et le Jardin d’hiver.

Le sujet ? L’image ! Media, communication et commerce revisitent la manière de s’adresser à leurs publics. D’avantage de photos, moins de texte. Instagram, Snapchat et Pinterest sont passés par là. Le smartphone aussi : en France plus des deux tiers des connections internet se font sur mobile. Or qui dit images dit sources de data. Des perspectives exaltantes pour les marques en terme de géolocalisation, ciblage et personnalisation.

A quelques heures de l’ouverture de la Fashion Week à Paris, j’ai eu le privilège de m’entretenir sur le sujet avec Franck Glenisson. Rencontre.

FRANCK GLENISSON – L’OFFICIEL SINGAPORE 2016 2017

:: Comment entre-t-on, à 35 ans, dans la collection photographique du Patrimoine Français ?

FRANCK GLENISSON : Sans y penser ! En 2009, je mets en scène dans une série de mode un jeune homme handicapé, Mario Galla. Ce garçon travaillait avec succès dans l’industrie de la mode [ndrl : Mario Galla a plus de 20 000 followers sur Instagram] mais son handicap était toujours caché, le prix à payer pour être visible dans l’industrie de la mode ? J’ai voulu, avec son accord, orchestrer une sorte de « coming out » de son infirmité, en le plongeant dans une de mes fictions, l’histoire d’un jeune aristocrate timide qui, redoutant le regard des autres, reste cloitré dans l’ombre de son manoir, sa seule évasion, lire et relire Madame Bovary. Un jour, cette lecture effrénée le fait plonger dans le livre et amorce sa renaissance, voir sa naissance. La lumière du Monde trouvée de- vient pour lui une drogue, l’invitant à vivre au grand jour.  Cette série est entrée dans la collection photographique du patrimoine français et elle a été exposée à travers le monde, y compris en Chine à l’ambassade de France. Des magazines, des émissions TV du monde entier ont choisi de publier ces photos, cette série devenait mois après mois, ce que j’en avais rêvé, un dialogue avec tous les enfants handicapés qui pouvaient enfin se rêver en héros ! Visibles ! Adidas, impressionné par la puissance de ce garçon, lui a proposé d’être l’un de ses ambassadeurs.

FRANCK GLENISSON MARIO GALLA

:: Cette consécration a-t-elle marqué un « avant/après » dans votre carrière ?

Absolument ! Tout à coup je passais de photographe de mode à l’avenir prophétiquement caduque (N’y a-t-il pas pire que d’être à la mode pour finir aux oubliettes ?) à photo- graphe d’une institution, éternelle ! Cela m’a conforté aussi dans l’idée de suivre mes émotions et continuer de créer des séries de mode qui soient un reflet de la société, de TOUTE la société ! Après tout, c’’est ce que doit d’être la Mode ! Je pense notamment à une série de mode que j’ai faite sur les conditions de vie de la communauté LGBTQ en Tchétchénie, ou encore un film qui raconte le biopic sur 30 ans d’un petit garçon qui devient une femme. Ce film a d’ailleurs été projeté au Centre Pompidou durant le Festival A Shaded View On Fashion Film (ASVOFF), un choix audacieux de la part de sa créatrice Diane Pernet.

:: Entre print et digital, où vous situez-vous ?

Il serait absurde d’opposer les deux. Par le passé grâce aux magazines papier, l’art a pu entrer plus facilement dans les foyers, ce que le digital fait également aujourd’hui à une toute autre échelle. Le digital a une portée immensément tentaculaire, car contrairement au papier, il perdure, se duplique à l’infini et me permet aussi de m’adresser aux jeunes générations, ce sont eux qui changeront le monde de demain !

:: Où commence et où s’arrête votre travail de photographe ?

Je suis à ma manière le « capitaine » d’un vaisseau entrepreneuriale qui doit flotter le temps d’une production photographique ou cinématographique. Je décide du thème, de la manière de l’aborder, de mon modèle, je suis le directeur artistique de toutes mes séries cinématographiques.

:: Pourquoi avoir choisi le Plazza Athénée ?

J’ai toujours apprécié ce palace, par la symbiose de toute l’équipe & de leur formidable attachée de presse, Caroline Lefevre. Je voulais au travers de l’Officiel Singapour rendre hommage à la femme française, à la haute couture française, en travaillant avec l’un des meilleurs stylistes parisiens, en l’occurrence Mickael Carpin. Mettre à l’honneur également tout le savoir-faire français en matière de mobilier, le choix du Plaza Athénée s’est là encore imposé naturellement.

Encore un exemple où l’on mesure l’impact du digital, la série de photos a été relayée par énormément de sites dans le monde entier. Il y a 10 ans une série telle que celle-ci n’aurait été vue que par les lecteurs du magazine. Aujourd’hui, l’image est virale : il est possible d’offrir à une oeuvre une cible mondiale.

:: Vous utilisez le terme « cibler » ?

Oui, chaque image est un moyen de communiquer, c’est l’amorce d’un dialogue.

Les réseaux sociaux, et notamment les Stories d’Instagram,

font partie intégrante de mon travail.

 

 

:: Parlons justement réseaux sociaux, et d’Instagram en particulier. Il est difficile aujourd’hui d’imaginer le monde sans Instagram, qui pourtant n’a que 7 ans. Vous- même y êtes très actif, avec une communauté de 22 000 followers. Comment utilisez-vous Instagram ?

Les réseaux sociaux, et notamment les Stories d’Instagram, font partie intégrante de mon travail. Il n’y a pas une journée qui passe sans que je ne fasse un post sur ma story Instagram. Instragram, c’est une image qui s’impose, comme une affiche publicitaire. Sur Instagram, je partage les coulisses en direct tout en préservant le secret afin que la série crée l’événement à sa sortie.

 

Une Stories Instagram créée par Franck Glenisson en pré-lancement de cet article.

:: Filmer les coulisses est néanmoins une démarche très open. Ne craignez-vous pas d’un « bad buzz » avant une sortie ?

Ou que vos collègues vous espionnent ? Etre « espionné », comme vous dites, a un côté rassurant pour un artiste… Si un jour plus personne ne m’espionne, tout sera terminé pour moi !

Stories me permet d’alerter sur ce qui va arriver

et d’inclure mes followers dans un processus de création. 

:: A quoi vous sert particulièrement Stories ?

Stories me permet d’alerter sur ce qui va arriver et d’inclure mes followers dans un processus de création.  C’est aussi un format formidable en terme de mesure, car je voie les personnes qui « regardent » la Storie.

BRIAN SHIMANSKY – FRANCK GLENISSON PARIS

:: Certains de vos films et séries abordent des thèmes difficiles. Que viennent chercher les éditeurs en travaillant avec vous ?

J’ai la chance de travailler avec des rédacteurs courageux, épris de liberté même si leur métier se complexifie car désormais un éditeur de presse ne doit pas s’adresser uniquement à son audience nationale, mais il doit vendre quasiment au monde entier.

:: Votre travail vous amène à travailler à Los Angeles, New York, en Asie. Pourquoi cependant votre prédilection pour filmer Paris ?

Paris est un état d’esprit, littéraire, culturel, il y est facile de retrouver les traces du passé, du Paris de Baudelaire à celui de Toulouse Lautrec.

J’aime les parisiennes parce que je les sens libre, elles ne se présentent jamais comme des victimes mais comme des battantes ! Elles sont la continuité de la cigarette de Deneuve, dans une forme plurielle. Paris est aussi une ville où j’aime filmer car il y a une lumière très particulière, beige grâce à la pierre de Saint-Maximin, douce du fait que les immeubles ne soient pas très hauts, sans parler du jardin des Tuileries, du Luxembourg, des Buttes Chaumont…

Paris m’a offert ma liberté et cette soif de découvrir le monde. Cette ville est cosmopolite, un carrefour d’influences.

Visualiser le dernier film de Franck Glenisson : Kissing Thanatos

 

 

 

JUAN-BETANCOURT-X-FRANCK-GLENISSON

 

BRIAN SHIMANSKY – FRANCK GLENISSON – OUT

FERNANDO CABRAL FRANCK GLENISSON SCHÖN!

FRANCK GLENISSON ASVOFF NOTRE AMOUR

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