Inflation ou 0,00 € ?

D’après l’article de Chris Anderson : http://www.wired.com/techbiz/it/magazine/16-03/ff_free

 

Free ! Why $ 0.00 Is The Future of Business

 

 

Vous connaissez Chris Anderson. Rédacteur en chef du mythique Wired,

c’est lui qui, en 2006[1], a conceptualisé l’idée que le Web ne se résume pas aux seuls gros sites blogbuster . La toile est émaillée d’une myriade de petits sites – la longue traîne – dont l’agrégation forme un ensemble à ne pas négliger. Pour lui, Internet sonne le glas du marketing de masse – le prime time TV — en permettant à chacun de créer sa boutique virtuelle et rivaliser ainsi à pied d’égalité avec de grandes marques aux budgets marketing sans commune mesure. Au final c’est le talent qui fait la différence.

 

Aujourd’hui, Chris Anderson récidive avec une idée tout aussi stimulante :

la freeconomics


Le modèle Gillette

Nous connaissons le modèle économique habilement créé par Gillette en 1905 : la marque offrait le rasoir… pour vendre ses lames au prix fort. Depuis, des dizaines d’industries ont fait fortune sur ce modèle : subventionner l’achat d’un téléphone en se rattrapant sur l’abonnement mensuel ; offrir la console pour mieux vendre ensuite de coûteux jeux vidéos…

Cette gratuité apparente fonctionne grâce à un transfert de coût : le produit complémentaire finance le produit initial.

 

 

Le Web : eldorado du tout-gratuit

Or aujourd’hui une autre forme de gratuité s’instaure, favorisée par la baisse des coûts de production et de distribution. Le Web en est le terrain de jeu. Le site du Wall Street Journal, qui s’était pourtant constitué un confortable portefeuille de 800 000 abonnés payants, est désormais quasiment gratuit. Ce fut l’une des premières décisions prise par son nouveau propriétaire, Rupert Murdoch, arrivé à la tête du prestigieux quotidien l’année dernière. Le site The New York Times est lui aussi devenu gratuit en 2007. Dans un contexte hyper concurrentiel, le coût marginal de l’information est proche de zéro. Et le lecteur n’est pas prêt à payer pour du contenu en ligne.

Les exemples de gratuité sont multiples. Tous les produits estampillés Google sont virtuellement gratuits : Earth, Picadia (l’album de photos virtuel), GOOG-411 (la dernière petite trouvaille qui met en relation gratuitement internautes et commerçants locaux via la ligne téléphonique), ect… Et pourtant, Google vit bien. Très bien.

La gratuité, autrefois un gimmick marketing bien connu du Marketing Direct, est devenue le fondement de toute une économie. La technologie du Web rend possible l’émergence de cette ‘freeconomic’, selon le mot de Chris Anderson.

 

 

 

FRANCE : hausse des prix ou tout-gratuit ?

En France, le décalage entre le discours ambiant et ce qui se passe en ligne est sidérant. Alors qu’on se plaint d’une hausse des prix, que le sujet du pouvoir d’achat occupe le devant de la scène et que la guerre fait rage entre indices des prix pour déterminer si, oui ou non, l’inflation est de retour, on assiste sur le Web a un phénomène opposé. Autrefois payant, des pans de l’économie deviennent quasiment gratuits. La Chine, atelier du monde, permet à chacun de s’offrir un T-shirt pour le prix d’un café. Pareil pour les ballerines de cet été, les bouquets de roses, le Paris Londres en low-cost… On en perd la notion de prix. D’ailleurs, qui connaît le prix exact des choses ?

Ruée vers le E-business

Tout ce qui peut se numériser voit son prix baisser. Information, livres, musiques, photos… Les entreprises en ont bien conscience, qui désormais s’engagent à vive allure dans le business numérique. Quand Google met un pied dans le secteur de la publicité en imposant son logiciel GoogleAdwords, tout un pan de l’activité publicitaire vole en éclat, qui reposait précédemment sur un savoir humain dont les tarifs augmentaient d’année en année. Même chose pour la musique, la banque, le tourisme… Dès lors que le poste principal de dépense d’une entreprise devient le numérique, les consommateurs s’attendent à juste titre à voir baisser les prix.

 

Comment gagne-t-on de l’argent ?

En réalité, l’économie du ‘gratuit’ n’est pas aussi simpliste – et stupide – qu’elle y paraît. Les entreprises sont faites pour gagner de l’argent. Et si Google en est l’archétype, d’autres icônes du Web, tel que le site d’annonces gratuites Craiglist (www.craigslist.org) l’ont bien intégré. Les annonces sont gratuites sur Craiglist et pourtant le site a dégagé en 2006 un chiffre d’affaires de $40 millions. Soit 12% à lui tout seul de la perte de chiffre d’affaire des annonces classées, évaluée à $326 millions cette année là aux Etats Unis.

Ces deux exemples éclairent un autre point : le marché n’est plus une danse à deux — entre un acheteur et un vendeur — mais à 3, en associant tous les bénéficiaires du modèle. Ce sont les internautes de Craiglist qui font fonctionner le site et en recueillent le bénéfice, en postant ou en lisant gratuitement les petites annonces. Un marché à 3 acteurs, qui n’est qu’une réplique de ce qui se passe déjà sur les médias traditionnels : si la radio est gratuite, c’est parce qu’il existe des annonceurs pour la financer. Dans la presse, l’éditeur a deux acheteurs : le lecteur et l’annonceur.

 

 

 

Le modèle d’un web financé par la publicité se calque donc sur celui des médias classiques. De nombreux sites Web délivrent de l’information gratuite et se rémunèrent sur des services ajoutés payants : location de bases de données consommateur qualifiées, abonnements ‘premium’, commerce électronique… Tout un éco-système sur le Web gravite aujourd’hui sur ce modèle du gratuit.

Dans un prochain Post : les 6 modèles économiques repérés par Chris Anderson.


 

[1] [1] The Long Tail: Why the Future of Business is Selling Less of More by Chris Anderson

 

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