[Interview] : Philippe Garnier : « Je veux créer un écosystème pour développer les marques et les services de demain dans le Wellness depuis la France »

Philippe Garnier, Entrepreneur I Fondateur de WellnessHub.io

 

 

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« Elle est pas belle la vie ? ». Celui qui parle ainsi est un entrepreneur foncièrement optimiste. De retour à Paris après 5 années passées aux Etats-Unis, rien ne semble affecter Philippe Garnier, pas même une ambiance quelque peu morose en France. La raison ? Un tempérament de battant, certes, mais, l’un n’empêchant pas l’autre, une certaine approche aux autres et à soi qu’il a retenu de ses années Californiennes. Et qu’il entend bien faire partager aux Français avec sa nouvelle entreprise. On l’écoute.

 

:: Après San Francisco, puis New York, vous voici de retour à Paris pour le lancement de votre nouvelle entreprise. Qu’est-ce qui vous anime dans la création d’entreprise ?

Philippe Garnier : J’ai un parcours atypique. J’ai commencé à travailler très tôt, à 16 ans, dans le commerce. Pendant 10 ans, j’ai travaillé pour les autres : j’y ai appris énormément, mais j’ai aussi ressenti beaucoup de frustrations… A 25 ans, j’ai décidé de me lancer et j’ai repris une société, Afibia, dans le secteur du mobile, car je savais que le mobile serait l’avenir. Après un an, n’arrivant pas en vivre, j’ai rejoint un des mes associés pour développer Abaxia a l’international, une plate-forme logicielle mobile acquise par HTC, qui m’a alors proposé de diriger son équipe Partenariats global à San Francisco. En 2015, je cofonde Elixir, un service de vente à la demande, dans lequel Fonders Fund a investi.

Puis direction New York, car je voulais participer à cette révolution du direct-to-consumer. J’ai créé le bureau américain et monter l’équipe de Octoly, aujourd’hui la première plateforme d’Influencer Marketing en Beauté/Mode, qui a levé plus de 10 millions de dollars de fonds.

Ce qui me passionne dans l’entreprenariat, c’est l’humain : être animé par une passion, se rendre compte qu’il y a un besoin sur le marché, croire en son idée et avoir la capacité à réunir une équipe pour faire de cette idée un business.

 

:: Quelles qualités faut-il pour entreprendre ?

Il faut plein de qualités différentes, et je ne les ai pas toutes ! Mais je crois que mes deux forces sont celles de savoir développer et de savoir animer une équipe et en particulier dans la phase d’amorçage et d’évangélisation. Une certaine capacité au leadership, qui veut dire aussi une énorme responsabilité car, sur un simple pitch, des investisseurs vous font confiance et vous disent « OK, je veux travailler avec toi ». ensuite il faut délivrer.

 

:: Vous venez d’annoncer que votre nouvelle entreprise est dans le Wellness. Pourquoi ce secteur et qu’est-ce que ce sera ?

C’est à San Francisco que j’ai découvert le lifestyle Wellness, au travers de la méditation. Là-bas, tous les grands patrons de la Tech méditent, et ont fait installer des salles de méditation pour leurs salariés. Dans une interview, Sheryl Sandberg, COO de Facebook, explique qu’elle a accepté de prendre le job après avoir demandé à Mark Zuckerbergde se mettre lui-même à la méditation, ce qu’il a accepté.

 

:: Vous-même, vous vous êtes mis à la méditation ? 

Cela fait 5 ans que je médite tous les matins. Cela change complétement la manière dont on ressent sa journée. C’est gratuit, cela prend peu de temps, par contre cela modifie son approche aux autres et à soi-même. D’ailleurs je trouve que la méditation devrait être apprise aux enfants à l’école.

A San Francisco, tout le monde fait du yoga ou une activité outdoor, et fait attention à ce qu’il mange et à ce qu’il boit. Il y a une vraie prise de conscience sur les produits que l’on consomme, la manière dont on les consomme. Et à New York, j’ai vu toutes ces sociétés direct-to-consumer se créer autour du Wellness, du selfcare, en apportant une vraie valeur ajoutée. Le marché mondial du Wellness est énorme – 4 trillons de dollars, en croissance de 12 % sur les 2 dernières années – et le thème du personal care est infini. Le tourisme Wellness à lui seul représente 600 milliards de dollars.

C’est un mouvement, une nouvelle manière de vivre holistique. Je veux accompagner ce mouvement et développer des marques autour de cela dans la personal care, la food, la santé et en apportant mon savoir faire dans la tech et la Data et la création de startups.

 

 

 

 

:: De quelle manière ?

Je lance  WellnessHub dont l’objectif est de créer un écosystème et une communauté pour rassembler les entrepreneurs, les entreprises partenaires et les technologies afin de créer les marques et les services de demain et les exporter à l’international, avec un gros focus U.S. et Chine.

 

 

« Il existe en France un savoir-faire et un patrimoine autour de la Beauty/Food/Santé d’une richesse extrême »

 

 

:: Pourquoi le faire de France ?

Il existe en France un savoir-faire et un patrimoine autour de la Beauty, de la Food et la santé d’une richesse extrême, et qui pourrait être mieux exploité. Nous avons les scientifiques, les centres de compétence en R&D, qui peuvent amener leurs expertises autour du produit, et nous avons aussi les plus grands groupes pharmaceutiques et cosmétiques. Il faut travailler avec eux, mais différemment pour la création de marques d’une nouvelle génération.

La France est très bien positionnée pour le faire. Le Label France est classé dans le Top 5 des marques qui font vendre.

 

 

Les marques et services de demain doivent avoir un «meaning»

 

 

:: Quelles sont les grandes tendances dans le Wellness ?

Il y a une nouvelle génération de consommateurs qui est à la recherche d’expériences et de sens quand elle consomme des produits, une marque ou qu’elle voyage. C’est un mouvement assez nouveau, générationnel et mondial que l’on retrouve aussi bien en Asie qu’en Europe ou aux U.S.

On le voit aussi dans le monde du travail, avec des expériences comme celle que propose wework. Je l’ai expérimenté moi-même à New York chez Octoly. Je me suis battu pour avoir le budget, au lieu de prendre des bureaux, et cela a apporté beaucoup à la qualité de vie des équipes, et dans les résultats. On travaille mieux dans un bon environnement. Le bureau fermé des années 80 où l’on vient de telle heure à telle heure, c‘est terminé.

Autre tendance de fond : les marques et services doivent avoir un «meaning», c’est-à -dire être écologiques, durables, et elles doivent servir une cause. J’achète un produit, une expérience, mais derrière je sais que le produit que je vais acheter respecte l’environnement et les conditions de travail des employés et sous-traitants.

Deux autres tendances sont aussi très importantes : la personnalisation et la co-création. Le consommateur cherche des expériences personnalisées et, avec la co-création, il n’est plus passif, il participe à la création des marques qu’il achète. C’est extrêmement nouveau par rapport aux grands groupes qui créent des produits mass market. C’est pourquoi on voit apparaitre des marques de niche qui viennent d’abord satisfaire un besoin très spécifique. Ces Startups utilisent de la data, offre la possibilité de personnaliser ou même de co-créer pour apporter un vrai bénéfice consommateurs. Cela passe également par des nouveaux moyens de distribution en direct avec le consommateur et cela impacte donc la manière dont on produit et l’on achète.

 

:: Avez-vous des companies model  (comme on parle de role model) qui vous inspirent dans le secteur Wellness ?

Trois marques.

  • Ritual, sur le segment du Wellness, Well-being. Il s’agit d’une offre de vitamines vendues en direct-to-consumer, sous forme d’abonnement, avec un vrai bénéfice produit, une expérience personnalisée, et une différence dans la manière de packager le produit. Leur base line est «Good looking science».
  • Hims forhims.com and Hers forhers.com, des produits également en direct-to-consumer sur 4 verticales Wellness, différenciées pour l’homme ou pour la femme. On a là un des très bons exemples de ce qui se passe aux Etat-Unis, avec des produits qui marchent et qui répondent aux vraies problématiques de la femme, ou de l’homme.
  • Volition Beauty, une plateforme participative et de co-création : le consommateur soumet son projet – j’aimerai tel type de crème – la communauté vote et si le nombre de votes positifs est suffisant, Volition a l’écosystème pour créer le produit et le vendre sur leur site, et au travers d’un partenariat avec Sephora. Ils ont déjà lancé près d’une vingtaine de produits avec succès, et l’initiateur d’un projet retenu touche une commission. C’est vraiment l’implication totale de sa communauté dans la formulation du produit et dans son lancement. Personnalisation Co-création, et implication de la Communauté.

Ces exemples illustrent un changement de mindset entre les marques d’hier et celles de demain.

 

:: Vous dites que les marques et services de WellnessHub seront créés autour de Conscious Communities. Qu’entendez-vous par là ?

Ce mot de Conscious Communauties m’a été soufflé par Odile Roujol,  fondatrice de la communauté @BeautyTechSF  avec qui j’ai créé la communauté de NY avant de rentrer en France. Le consommateur est conscient de ce qu’il achète, il est a la recherche d’expériences nouvelles et qui vont améliorer leur qualité de vie et bien-être. Il s’interroge de plus en plus sur la manière dont il consomme et est a la recherche d’autre chose que ce que les marques et distributeurs  proposent dans leurs linéaires aujourd’hui.

 

:: Ce qui explique le succès de Brandless

Absolument. Sa co-fondatrice et CEO Tina Sharkey a considéré qu’il y avait trop d’argent dépensé en marketing, et a décidé de ne proposer qu’un produit par vertical – gel douche, cookies – mais de délivrer un produit extrêmement qualitatif, et à moins de 3 dollars. Succès immédiat !

Ce nouveau modèl du direct-to-consumer, qui permet de ne plus supporter ni le coût marketing classique ni celui du distributeur, permet de réinvestir ces montants dans le développement du produit et dans sa personnalisation. Meilleur produit, moins cher, tout en redistribuant. Car certaines de ces marques décident de donner une partie des profits, soit à la communauté, soit à des associations non-profit. Dans ce modèle, les consommateurs qui partagent les mêmes valeurs deviennent les ambassadeurs de la marque.

 

:: Les français sont-ils prêts à ce mouvement du Wellness ?

Le consommateur français a été très bien éduqué sur la composition des produits dans la beauté, la food, la santé – la France est le marché le plus difficile pour être approuvé par les organismes compétents, ce qui explique le succès des applis qui déchiffrent pour vous la composition d’un produit.

Par contre le caractère holistique du Wellness est plus développé en Asie – c’est dans leur culture – ou aux Etats-Unis, car les américains sont dans une logique de Test and Learn. Les français me semblent plus réfractaires à la méditation, par exemple.

Mais ce mouvement du Wellness est en train d’arriver dans le monde entier, avec cette génération de millennials aisée qui a envie de vivre de nouvelles expériences quand elle consomme.

 

:: Vous avez longtemps vécu aux Etats-Unis. Les américains travaillent-ils différemment des Français ?

Les américains sont très bons dans l’exécution et le go-to-market : mettre en avant les valeurs d’un produit, le marketer et le vendre. Ils vont vite, ils savent le faire et ils le font mondialement.

Mais ce que j’ai découvert, c’est que les français aux Etats-Unis sont extrêmement bien vus. Dans les grandes entreprises Tech, Beauty ou Consumer, vous trouverez toujours un français qui a «LE» job extraordinaire. Donc si en France on a parfois le sentiment d’une image de la France business un peu dégradée, aller aux Etats-Unis renvoie une super bonne image de soi : le français est reconnu pour sa très bonne formation, pour être très bon manager et être multi-taches. J’avoue que cela m’a beaucoup servi !

 

« Si l’on sait très bien utiliser son smartphone et son ordinateur, on a besoin de rien d’autre »

 

:: Au quotidien, avez-vous des services ou objets Tech dont vous ne pourriez plus vous passer ?

J’essaye de m’entourer du moins de choses possibles ! Je pense qu’il faut apprendre à limiter le nombre d’objets que l’on utilise. Si l’on sait très bien utiliser son smartphone et son ordinateur, on a besoin de rien d’autre. Parmi les outils digitaux que j’utilise :

  • Evernote, j’y conserve toutes mes notes et j’y agrège tous mes contenus
  • Aana, une plateforme de To do list et de gestion de projets partagés, dans lequel Fonders Fund, qui avait investi chez moi, a investi $28M
  • Calendly, pour organiser mes rendez-vous et Zoom pour les visio calls.

 

 

:: Quelles sont vos sources d’inspiration ?

J’utilise beaucoup Google News,que je personnalise avec des mots clé, et j’écoute beaucoup de podcasts et des audiobook lorsque je me déplace entre 2 rendez vous.

Comme je pense que l’objectif dans la vie, ce n’est pas de travailler plus mais d’etre le plus efficace pour vivre ses passions en dehors du travail,  je suis passionné par tous les sujets autour de l’efficacité au travail et du développment personnel, j’écoute particulièrement :

  • Masters of Scale, de Reid Hoffman. Toujours de super interviews.
  • Tim Ferriss, un excellent interviewer aussi, sur des sujets autant business que vie personnelle. C’est le maitre des process. Il considère que pour vivre mieux, il faut se créer des habitudes.
  • Et les Ted Talks. , avec la fonction Discovery. On ne connait pas le sujet et on se laisse embarquer…

 

:: La médiation, les podcasts… c’est assez chronophage. Comment avez-vous le temps de tout faire?

Je pense que l’on a le temps de tout faire, il faut juste choisir et prioriser son temps afin de trouver son équilibre, le succés, c’est l’équilibre. Et se demander : « Qu’est-ce que je veux  faire ? » et alors faire en sorte que toutes ses activités soient liées à cet objectif. Et puis il faut garder l’envie de toujours apprendre et s’améliorer. Ceci aussi, on ne l’apprend pas à l’école.

 

 

 

 

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