Pierre Jacobs : « Mood invente le retail décloisonné »

Pierre Jacobs, Directeur Général - Générale de Téléphone et Mood

Pierre Jacobs, Directeur Général – Générale de Téléphone et Mood

 

 

En 2013, Pierre Jacobs nous avait livré sa vision du magasin à l’ère du digital. Dix huit mois plus tard, Mood, l’enseigne des objets connectés qu’il dirige, compte déjà quatre boutiques en France.

A la veille de l’ouverture du site e-commerce, nouvelle rencontre avec Pierre Jacobs pour comprendre, cette fois-ci preuve à l’appui, comment Mood, à l’avant-garde de nos usages connectés, réussit ce grand écart entre physique, local, et digital.

 

 

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  • Où en est le marché des objets connectés ?

Pierre Jacobs – L’équipement autour du mobile est un domaine en pleine expansion qui fait l’objet d’une grande créativité, tant en terme de produits existants à connecter, que de nouveaux devices et services, qui sont à inventer. On observe un grand dynamisme, une grande curiosité, mais, soyons clair, la transformation reste encore faible, en France comme ailleurs.

 

  • Comment l’expliquez vous ?

Pierre Jacobs – Les raisons sont multiples. Les consommateurs sont ouverts mais ils veulent comprendre quelle est la valeur ajoutée d’un nouvel objet, notamment lorsque celui-ci fait partie de leur quotidien dans une version non connectée. Le prix parfois plus élevé est aussi un frein. Tout reste à inventer.

 

  • Justement, comment vaincre cet attentisme ?

Pierre Jacobs – Il faut expliquer aux clients ce qu’ils vont pouvoir faire avec ces objets connectés. Avant, nous avions nos repères – notre domicile, notre bureau – et des objets fixes qui ne se parlaient pas entres eux.

Tout à coup, le mobile devient le centre de notre vie. Notre maison, notre travail, nos divertissements interagissent autour de ce mobile.

Il y a une forme de pédagogie à avoir. Et savoir bien vendre un mobile ne signifie pas savoir bien vendre son environnement. Le commerce autour de ces équipements connectés est à inventer.

 

  • Qui aujourd’hui est le mieux placé pour vendre ces objets connectés ?

Pierre Jacobs – Les réseaux qui savent développer le conseil autour de ces nouveaux services et devices sont assez peu nombreux. La distribution spécialisée, comme la FNAC, la grande distribution, comme Auchan, commencent à vendre des accessoires et des objets connectés en marge de leurs produits traditionnels. Les opérateurs télécom commencent à le faire aussi, avec la difficulté pour eux de vendre des offres qui ne créent pas toujours directement de la valeur, ce qui est contraire à leur modèle traditionnel.

 

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Mood est présent à Bordeaux, La Rochelle , Tours et Paris

 

  • Dans ce paysage aux contours flous, comme se positionne Mood?

Pierre Jacobs – Notre approche est toute différente, construite autour de deux piliers.

Le premier pilier est l’alliance de la mode et de latechnologie dans une même boutique.

La mode, parce que le mobile devient un accessoire dont on est fier et que l’on a envie de montrer. Et la technologie, parce que nous proposons un choix important de marques – parfois exclusives – d’objets connectés mobile qui sont vraiment utiles pour le client. Cette alliance de la technologie et de la mode n’a pas d’équivalent sur le marché français.

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  • Il existe déjà des réseaux dédiés aux objets et accessoires connectés

Pierre Jacobs – Pas tant que cela. Vous avez des boutiques aux concepts en général peu aboutis, qui sont le fait d’indépendants.

Ceux qui sont à coté de nous – et non « en face de nous » – ont une vision device et techno. On peut citer The Kase qui se concentre sur la vente de coques et d’accessoires personnalisés pas chers, mais n’a pas cherché à susciter de nouveaux usages. Ou encore Lick un mix entre vente de mobiles traditionnels et usages, mais sans ce pilier de la mode et du design, qui est une vraie appétence de la part du client.

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« Ce pilier de la mode et du design est une vraie appétence de la part du client ».

 

  • Ils peuvent rapidement se positionner sur ce créneau

Pierre Jacobs – Avec l’expérience que nous avons, à la Générale de Téléphone, du conseil et de la Relation Clients, et notre puissance pour développer un grand réseau multicanal, nous faisons émerger un modèle qui n’a pas d’équivalent, tant pour nos clients que pour les marques que nous distribuons.

 

  • Y-a-t-il une réelle attente du consommateur ?

Pierre Jacobs – Le fait que le mobile soit désormais au centre de nos vies fait que nous avons envie de l’embellir, de le protéger et de l’habiller.

Et le mobile prend de plus en plus de valeur : une valeur matérielle – on y fait attention car il représente un certain prix ; et une valeur immatérielle : il est moins grave d’égarer sa clé de maison – on peut la refaire – que d’égarer son mobile, surtout si on n’a pas fait de sauvegarde depuis 2 mois…

 

  • Une journée sans mobile…

Pierre Jacobs – Si un matin nous oublions notre mobile à notre domicile, nous sommes perdus !

Comprendre ceci, c’est comprendre que nous avons tous envie de protéger notre mobile et d’en prendre soin. Chez Mood nous proposons 2 000 références de produits, et une trentaine de licences, pour sécuriser et habiller son mobile.

 

  • Quel est le deuxième pilier ?

Pierre Jacobs – Nous souhaitons développer et accompagner tous ces nouveaux usages connectés qui émergent, auprès du consommateur. Prenez l’exemple de la montre connectée, apparue en 2013 et qui va encore gagner en notoriété avec la sortie récente de l’Apple Watch. Le client perçoit encore mal son intérêt et s’interroge : « Est-ce indispensable ? Ma montre traditionnelle ne va-t-elle pas à court terme répondre à mon double besoin d’information et de connections ? ». Or nous voyons bien que l’usage de la montre connectée va bien au-delà, avec notamment les trackers qui explosent dans le domaine sportif et des loisirs.Nous sommes là pour accompagner nos clients vers ce qui émerge, en créant la surprise, de l’émotion.

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« Nous souhaitons développer et accompagner tous ces nouveaux usages connectés qui émergent ».

  • Et la France compte de vraies pépites sur ce marché des objets connectés intelligents

Pierre Jacobs – Absolument. Nous voulons être pour eux un laboratoire et les accompagner. Ces start-up sont nombreuses en France – on voit bien tout ce foisonnement autour de la French Tech – mais elles ne savent pas toutes comment accéder aux réseaux de distribution. Nous voulons leur ouvrir la porte et donner un débouché commercial à leurs produits qui ne sont pas encore connus du grand public.

  • Un exemple ?

Pierre Jacobs – Je pense à un doppler fœtal qui permet à une maman – et à un papa puisqu’il y a deux écouteurs – d’écouter le cœur de leur bébé à domicile. Ce produit est l’illustration parfaite d’un acte médical qui nous paraissait impossible à faire chez soi, et qui est désormais vendu classiquement sur rayon, dans son emballage comme n’importe quel produit. Mais vous comprenez bien que l’accompagnement d’un conseiller est nécessaire.

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  • Faites-nous rêver : quels autres exemples de connectivité, impensables jusqu’alors ?

Pierre Jacobs – Un GPS embarqué qui permet aux pêcheurs de localiser le poisson. Ou un traker multi sports qui s’adapte au sport pratiqué : posé sur un ski, ou sur une canne de golf, il restitue au sportif les données propres à son sport. Pour ces trois exemples, le conseil du vendeur est indispensable.

 

  • Mais ce rôle de conseil existe déjà, plus ou moins, en distribution spécialisée

Pierre Jacobs – La distribution traditionnelle restera le référant pour vendre un produit existant qui devient connecté, par exemple une machine à laver connectée. Mais la vraie créativité réside dans l’invention de nouveaux services autour du wearable et du mobile. Or la distribution spécialisée n’a pas le temps de faire vivre une expérience inédite à son client.

 

  • Comment s’effectue la sélection produits ?

Pierre Jacobs – Mood n’est pas dans une logique de référencement classique.

Face à ce métier nouveau, nous voulons construire un mode de travail différent avec nos partenaires. Premièrement, nous nous assurons d’être en contact avec toutes les sociétés qui ont des produits d’avenir. Deuxièmement, nous avons cette capacité à nous projeter, et à amener nos clients à se projeter, pour évaluer si un produit apporte un réel service et débouchera sur un développement commercial. Si c’est le cas, nous partageons la prise de risque avec le partenaire et lui proposons de construire quelque chose de durable ensemble.

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  • Nous sommes loin des « négos » habituelles

Pierre Jacobs – Nous sommes déjà, à la Générale de Téléphone , dans cette logique d’apprentissage commun avec plusieurs partenaires. Ce sont des expériences durables qui font leur preuve depuis plus de 5 ans.

 

Et nous bénéficions de notre appartenance à la galaxie d’Orange, numéro un en France à la fois sur le mobile, le fixe, la fibre optique et la 4G. Stéphane Richard veut faire d’Orange l’acteur principal qui va faire émerger toute cette industrie et il s’en donne les moyens avec la création du fond Orange Fab.

De son coté, Mood est un formidable bras armé pour le Groupe Orange, en donnant aux start-up qui auront été accompagnées par le groupe des débouchés commerciaux à l’échelle française mais aussi internationale.

 

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  • Parlez-nous de vos boutiques

Pierre Jacobs – Chez nous, la frontière entre ceux qui inventent, qui fabriquent, qui trouvent, qui vendent et qui expliquent au client, est un monde très horizontal. Nous aimons cette idée de créer une boutique physique « sans mur », avec de larges vitres, pour vivre avec son environnement local, et en même temps connectée en permanence aux réseaux sociaux, autour notamment d’Instagram et de Twitter.

 

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Le compte Instagram de Mood

 

Un monde qui ne soit pas cloisonné, où il se passe toujours quelque chose. On bâtît un autre référentiel, où circule l’information, avec ce mélange de global et de local. Nous avons aussi l’ambition d’apprendre en permanence de nos clients, de leurs expériences et de créer un réseau qui permette ce partage.

 

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  • Sous quelle forme ?

Pierre Jacobs – A Bordeaux, nous avons bâti un partenariat avec Digital Campus, un pôle digital de grandes écoles, pour donner sa chance aux étudiants qui créent des applications. Nous avons ainsi en boutique un outil qui permet à une photo postée sur Instagram de passer directement sur un mur vidéo dans la boutique Mood. Nous avons mené un deuxième partenariat mode et technologique avec Esmod. Ils ont réfléchi à la tenue des vendeurs et l’une d’entre elles a été retenue à l’issue d’un concours.

 

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Le 17 Octobre 2014, les étudiants de Digital Campus Bordeaux et Digital Campus Toulouse étaient réunis lors de l’inauguration de la boutique MOOD à Bordeaux.

  • Dans ce monde décloisonné, quel est le rôle du vendeur ?

Pierre Jacobs – Nos vendeurs sont à la fois les meilleurs pédagogues auprès des clients, et les meilleurs aiguillons en interne, pour nous faire bouger. Ils sont pleinement acteurs de l’émergence de ces nouveaux usages, ils nous aident à repérer les produits, en nous disant « tiens, j’ai lu ceci » ou « tiens j’ai entendu dire que…  ») et à fixer le bon prix. Ils fabriquent ce nouveau modèle et contribuent à l’intelligence collective, avec les partenaires, les clients et l’éco-système local.

 

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Nos vendeurs sont à la fois les meilleurs pédagogues auprès des clients, et les meilleurs aiguillons en interne.

 

:: POUR EN SAVOIR PLUS

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Pierre Jacobs, Directeur Général – Générale de Téléphone et Mood

Pierre Jacobs, Directeur Général – Générale de Téléphone et Mood

 

 

ITINERAIRE

1976

Naissance à Briey en Lorraine

2000 – 2003

Directeur des ventes, France Télécom

2001-2003

Maître de conférence en économie à Sciences Po Paris

2003 – 2004

Contrôleur de gestion, France Télécom

2004-2006

Directeur du contrôle de gestion, France Télécom

2006-2011

Directeur Opérationnel Nord de France, Orange

2011

Directeur en charge de la création de la  nouvelle Direction de la Relation Client Grand Public, Orange

Depuis août 2011

Directeur Général Générale de Téléphone (filiale du Groupe Orange)

Mood

 

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